Indépendant depuis une vingtaine d’années, le
petit État, niché entre l’Indonésie et l’Australie, accueille encore
très peu de touristes. Il abrite pourtant un trésor peu connu : un
corridor migratoire emprunté par toutes sortes de cétacés. Une
journaliste britannique est allée le vérifier de ses propres yeux.
Une mer d’huile s’étire au pied de la plage de Wata Bo’o, et seuls
les bonds de quelques poissons argentés viennent troubler de temps à
autre le calme de la surface. Si aujourd’hui, la quiétude règne sur
cette plage tropicale, il n’en a pas toujours été ainsi.
Pendant
des années, Portugais, Hollandais, Japonais et, plus récemment,
Indonésiens se sont disputé ce morceau d’île. Et comme le souvenir de
certains épisodes sanglants est encore frais – le Timor a obtenu son indépendance de l’Indonésie il y a vingt et un ans seulement –, les habitants se soucient davantage de leur survie et de la reconstruction du pays que de faire venir les touristes.
Mais
cela ne durera peut-être pas. Car une rumeur se propage : la côte
septentrionale de la République démocratique du Timor oriental
compterait parmi les plus belles destinations du monde pour les amateurs
de faune marine.
L’île
se trouve en effet au beau milieu d’une autoroute migratoire où se
croisent baleines bleues, cachalots, rorquals, orques, globicéphales,
pseudorques, requins-baleines, dauphins d’Électre, raies manta, et bien
plus encore. Ce jeune pays encore largement méconnu – qui ne s’étend que
sur une moitié d’île, l’autre appartenant à l’Indonésie – renferme-t-il
vraiment tous les trésors qu’on lui prête ?
Mon voyage commence à
Dili, la capitale, qui tient davantage de la cité balnéaire endormie
que du port grouillant d’activités. C’est aussi la seule ville du pays
dotée d’infrastructures dignes de ce nom. Partout ailleurs, les
équipements sont restreints, les transports en commun peu fiables et les
hébergements rares.
On se croirait dans l’Asie du Sud-Est
d’antan : les traditions culturelles sont encore bien vivaces et les
plages vides de touristes. Ce calme revêt d’ailleurs parfois une touche
de surréalisme, comme à One Dollar Beach, plage autrefois très prisée
des travailleurs humanitaires, et où l’on ne trouve plus, désormais, que
des piscines à l’abandon et une fontaine en forme de tong.
Seulement deux hôtels
Je
prends ensuite la direction de l’est, à travers un paysage rocailleux
où se succèdent les plages, les récifs et les falaises qui se jettent à
pic dans la mer. Je roule pendant plusieurs heur